VI
C'est vrai que c'était une fringale. Une absolue fringale, mais aérienne. C'est vrai que c'était la vie, jamais
une minute laissée prisée ailleurs. C'est vrai que c'était une présence. C'était vrai que c'était une seconde, c'est vrai que ce sera toujours et encore qu'une seconde. C'est vrai que ce n'est
jamais qu'un mensonge. C'est vrai que c'était une perte de ce que l'on est, c'est vrai que je n'échangerai rien. C'est vrai que je n'ai rien échangé, et c'est vrai que le résultat n'existe pas.
C'est vrai encore que l'on ne croit pas plus ni mieux ensuite au soleil. Il est vrai que c'était une fringale. C'est vrai que nous l'étions, toujours là, dans cette maison déjà sombre aux
premiers des vainqueurs, des coeurs qui s'ouvrent au jour, et c'est vrai encore que je ne voulais pas de l'abandon, que les choeurs chantaient. Il est vrai que nous ne savions pas. Et il est vrai
que nous avions fini par nous mentir. Il est vrai que nous étions assassins sans victime. Il est vrai que nos solitudes s'étaient mélangées. Il est vrai que les médicaments et les douleurs
hurlaient chaque instant de l'absence, que nous ne savions pas attendre, que tu ne savais pas bailler, que je ne dormais jamais. Il est vrai que personne ne pouvait entrer en notre secret, que
les forêts étaient dépeuplées. Il est vrai que nous voulions les habiter, tu ne supportais pas le silence, mais sans cesse, toujours, tu parlais en procès, gagneurs ou quelques fois perdants. Il
est vrai que nous étions sévères, les clowns toujours tristes. Et les rires et les larmes se confondaient.
La baie d'Alger est interdite, je venais dans cette ville, ta ville, notre ville, je pleurais, et je ne
supportais pas cette faculté des lettres et sciences humaines, car les lettres n'arrivaient jamais à leur destinataire. Il fallait taire sa douleur, et il fallait toujours falloir. Mais je n'en
pouvais plus. Ce rythme était idiot de sentences éternelles. Il est vrai que je voulais aller à Oran, il est vrai que je n'y suis pas allé. Il est vrai que j'ai écrit mille lettres, il est vrai
que le son de ta voix m'apaisait. Il est vrai que je n'en peux plus de tous ces souvenirs tristes, que je retourne quelques fois comme aux creux des enfers.
Et quand bien même, engeances maladroites et malhabiles, nos ennemis des guerres d'hier se séparaient à
quelques siècles de distances nombreuses, éparses et mystérieuses. Le temps qui passe est la solitude qui m'étreint. Lorsque nos mains ne se sont plus tenues l'une à l'autre. Lorsque seul le
silence subsistait. Lorsqu'il n'y avait plus que la voilure du mystère de brisée, lorsque cette si fine voilure se dérobait, lorsque je ne savais pas encore que sa minceur était le seul filet par
lequel je tenais, que restait-il sinon, encore, du silence, ni même des regrets, mais bien le pire silence de la solitude, l'âpreté des mots qui ne parlent qu'argents et densités notariales. Le
constat d'une hypocrisie et celui d'une trahison. Une rupture ne change rien si elle n'a pas ce goût amer, sucré, et écoeurant. Une rupture n'en est pas une tant que le voile dissipe les ombres
au détour des phrases et des mots assassins. Seul le silence et la solitude attesteront du dernier mensonge dont les immensités qui ne se bordent pas sont les garantes pour une vie étrangère à
elle-même, dédoublée entre les rires et les larmes. Il n'y aura rien de cruel, sinon l'horreur de l'abandon.
Hier encore, les pas de velours s'approchaient. Un seul indice qui ne ment jamais quant à lui aurait pu me dire
ce qu'il en aurait été. Il m'aurait fallu simplement ne pas y croire. Tes transactions de contre-bande, les biens nommées.
Seules viennent se poser aux angles mystérieuses les couleurs qui n'y sont plus. Ce n'était pas les tissages du
drap de l'hôpital, c'est d'abord les miens, il me fallait les découdre, un à un, en deçà, au dessus, mouvement d'une perpendiculaire horizontalité, d'un vertige qui dansait dans la folie d'un
plan qui n'en finissait pas. Je tourne autour encore seulement, je danse parfois, mon coeur rit des minutes inconnues, pour lesquelles j'étais prés, si prés de m'envoler encore pour une seule de
nos plus simples secondes qui étaient chaque fois insoutenables de lourdeurs, de pesanteurs et de criblures millimétriques, imprécises dans leurs finalités, je ne le saurais qu'après, brumeuses
pour toujours. Mais il te fallait l'ultime photographie, bien voir, jauger, et regarder, avant d'envoyer laisser filer vers la mort la dernière once de vie que tu portais pourtant. La lâcheté
aurait été de ne rien dire, de laisser se jeter, d'accompagner la mort, mieux, d'y collaborer. Je ne sais quel bruit parasite atteignait tes oreilles d'un assombrissement si épais, purulent,
infectée en chaque phrase, il fallait s'approcher chaque fois au plus prés du dégout que tu m'infligeais tard le soir, puis que je tente de sauver ce qui était ta haine lorsque tu voulais perdre
ce qui était de nous. Ce n'était pas un espoir qu'il fallait sauver, ce n'était pas un idéal, une vertu, une tenue, mais déjà seulement une adresse, une parole, une brisure pour demain. Tu ne
demandais rien, tu anticipais seulement, toujours, il fallait que l'on te demande l'heure pour que tu sois vivante. Tu aimais bien la vie, mais te confondais dans la fuite lorsqu'elle
apparaissait. Tu maintenais au silence ou t'affolais des paroles. Tu ne venais pas dire ce qui t'était impossible, puisque tu faisais de l'impossible même les angles de ta vie. A l'impossible, tu
te croyais tenue, tu semblais de la sorte te préserver du monde, pour te préserver toi. Tu étais morte avant d'avoir vécu. Tu étais vieille avant même d'être jeune. Tu donnais les réponses parce
que tu savais déjà tout. Et tu savais déjà tout pour enfouir les questions. Tu gonflais, toujours un peu plus, boursoufflage énergique, tu allais exploser. Tu as fini par exploser, ça allait
mieux, pour toi, enfin libérée, et tout cela, seulement, déjà....
Peut-être voulais je jouer à mettre tes péremptions langagières au mur de tes murailles tombales. Je vérifiais
ta vengeance. Peut-être voulais-je prendre la place d'une femme que je ne serai jamais. A cette question, encore, toujours, inépuisable, tu donnais encore des réponses. J'y ai cru, peut-être
aurais je du te croire.
C'était l'errance des promesses non tenues, c'était l'errance des hypocrisies croisées. Les animaux humains
étaient monstrueux, de méchancetés multiples, de brutalités insatiables. Je n'allais pas attendre pour continuer de vivre. Et puis, surtout, je n'allais pas t'attendre. J'ai continué à m'adresser
à toi, mais c'était pour mieux m'affronter aux murs des silences, de ton silence. Ou alors, chercher, peut-être, à vouloir briser le mur. C'était un travail d'ouvrier, un travail de prolétaire de
la vie, parce que ça ne pouvait être autrement. Il y avait bien ceux qui donnaient des conseils. Ils me parlaient de deuils qu'ils n'avaient jamais franchi dans leurs vies monotones, où ils
auraient de toutes les manières ni mieux fait que toi, ni moins bien que moi. Ils prodiguaient des conseils vertueux, ils me parlaient, avenir, plus tard, pas grave, une autre fois, comme si de
s'adresser à moi de la sorte les rassurait face à l'ouverture déchirante que je tentais de formuler et qu'ils calfeutraient soigneusement. J'ai même cru quelques fois qu'il fallait faire comme
eux. En parlant de ma souffrance, ils me disaient en retour qu'il existait des terres qu'ils n'avaient pas connues. Ma certitude déclenchait leurs doutes, mon amertume les rassurait seulement. Je
voulais me faire entendre. Je voulais leur témoigner de ce que j'étais, encore, sinon devenu, au moins réchappé. Qu'il m'avait fallu combattre pour cela, qu'il avait fallu taire des choses, et en
dire d'autres. Bien sûr que je tentais de formuler mon horreur, bien sûr qu'il fallait que ça sorte. Bien sûr qu'il fallait mon doigt accusateur dirigé contre toi. Il me fallait peut-être plus
encore chercher à t'encercler dans ton mensonge, à ce que le masque tombe, à ce que le semblant se distingue du mensonge. Élargir les frontières de ta renommée, te rendre célèbre, et rendre
célèbre la sociale présence qui t'entourait là-bas. Il y avait du monde aux commandes, et ils allaient payer. Et pour cela, qu'avais je d'autre sinon la stratégie du fou. Je ne cherchais pas à
convaincre, peut-être un peu, j'étais seul en mon être et j'allais le crier. J'allais opposer mon être de parole et de folie aux petites intrigues de ces minces chevaliers. Je voulais en venir au
duel, peu importe de le perdre. Vouloir se faire entendre, mais les sourds n'ont pas d'âmes. Vouloir se faire entendre, chercher quelques appuis, mais les autres n'en sont pas. Tisser une petite
articulation minimale pour se débrouiller dans la vie. Mais il ne le faut pas. La contrition et la culpabilité valaient mieux semble-t-il. Pour un décalage, peut-être, une espérance, moins
encore, le constat était simple que nous ne valions pas mieux que nos persécuteurs. Il n'y avait ni avant, ni après, ni mieux, ni moins bien, les gens contemplaient les paroles, mes paroles comme
s'ils s'endormaient sur le transat de leur terrasse, amplifiant soudainement leur grandeur éternelle. Un monde sans rupture. Ma rupture, la mienne ne leur importait pas plus qu'ils ignoraient les
leurs.
Juste le sentiment de relire comme enfant chaque syllabe et chaque lettre, celles d'une tentative
d'engloutissement dont j'avais réchappé. De ces lignes, de ces phrases, de celles dont on ne peut pas dire grand chose, sinon que l'on sait déjà qu'en deçà, c'est déjà là le pire. Le délire me
prenait, peu à peu, en partance, pour longtemps, pour toujours, si tu cherchais à vérifier les franges de tes limites en moi, tu ne savais pas encore que je ne saurais en ces matières pas mieux
me débrouiller que toi. A cette différence prés que toi tu calculais.
VII
Et puis il y a ce qui ne peut se dire. Il y a ce qui ne peut se parler, il y a ce qui ne peut se désigner. Il y
a le vide des significations. Il y a encore ce vide là que je savais chaque fois que je parlais. Mais le seul vide n'est rien. Il me fallait seulement survivre. L'essentiel de tout cela finit
dans la silence, plus encore que l'oubli. Il y a en fait ce qui ne se transmettra pas. Il y a encore les multiples horreurs. Il y a aussi ce qui fait qu'un avant, qu'un après, se dessine. Il y a
aussi, et encore, le fait que de cet avant, de cet après, on est seul.
Lecteur, lectrice, alors que ces phrases pourraient t'endormir, langoureux, somnolant, situé sur l'extrême
Ouest de ton canapé, tes yeux cherchent de quoi je parle. N'espère rien, je ne te parlerai pas d'un au delà du regard qui n'existe pas, il court, seulement, dans le vide.
Ce n'est pas le regard qui court les sentiments. Ce sont les souvenirs, l'histoire, ce que l'on a
vécu.
J'ai un jour fini par dire non à ce silence meurtrier. Ces formes arrondies de haines bien tournées, voilà qui
ne m'avait jamais plu. La porte, il ne restait que ça. Aujourd'hui encore, je n'en étais pas fier. Sur le moment même, c'était un ultime geste, car je n'en pouvais plus, j'étais meurtri, ce
n'était pas ça que je voulais. Je m'étais trompé. Tu y trouvais ton compte. Je n'y trouvais plus rien, pas même un sourire. Subjectivité absente. Tu n'étais plus là, tu n'étais d'ailleurs jamais
où il fallait. Tu ne trouvais pas ta place, ne la prenais pas mieux, et reprochais aux autres de ne pas te l'avoir fabriquée en or ou en platine. Il y avait en ceci un avant, un après, de ces
valeurs pour toujours trébuchantes. Cette heure là, chez le notaire, ce chèque là, de ton père. Assis chez le notaire. Assise chez le notaire. Qui donc devait avoir l'oeil plus victorieux encore
que son voisin ? Le dit notaire ? Ton père, toi, ton frère ? Le banquier ? Tu étais goinfre, le chemin pour grossir, tu le prenais peu à peu. La face inchangée de ton être, monstrueuse, s'étalait
au grand jour de ton absence épuisée. Je ne savais pas qu'un visage de la sorte pouvait se déformer. J'ai au moins appris cela. Ma pitié est encore intacte, mais tu ignores ta prison. Peu à peu,
tu m'embarquais dedans. Je ne sais ce que tu deviens à l'heure qu'il est ce soir. Quelques fois, j'ai envie, besoin, je voudrais que tu me dises ce qui en toi changeait. Tu vois, je me plais à
croire que tu dissimules des secrets, que je ne connais pas. Ce n'était pas toi qui était là ces jours là. Mais il a suffit d'une minute pour que tu effaces à jamais l'être que tu étais. Ce que
j'étais allé me perdre, c'était seule ma question. J'y étais allé, et c'était déjà trop d'y croire, la main dans l'engrenage. J'avais honte. Je savais pour toujours que rien après ne serait drôle
ou triste. J'avais déménagé, plus rien ne m'importait. Se déplacer ailleurs, mais les mots restaient fixes. Et eux, et nous, et toi, et moi, et lui, et elle, puis, plus rien. Radio qui
n'innocente que les plus vertueux. Tu seras donc toujours propre, voilà bien ton horreur.
Il existait autant que de tisanes le soir pour s'endormir que de psys sur cette terre. Tu étais de ceux là.
C'était par ce champ là que nous rencontrions nos paroles et nos gestes. Nos lectures, nos expériences, tes saturations, mes déceptions. Une communauté de travail qui ramasse le vent comme une
chaussette inversée sur le plateau éloigné d'un aéroport de province. Communauté et chaussette vont bien ensemble, je trouve, dans la sonorité. Le vent s'engouffre, puis, emprisonné, il y reste
et la chaussette tient toute seule. Je m'étais, comme d'autres, et cela avant toi, déjà engouffré dans le marasme étouffant de ces gens suffisants. J'étais comme un chat qui glisse dans la
baignoire et tente de s'enfuir. L'eau lui fait peur, horreur, mais l'eau ne lui donne plus prise. Moins il a prise, et plus l'eau l'horrifie. Seul, il n'y parviendra pas. Seul, je n'y parvenais
pas. Les eaux océanes se mélangeaient. Ces eaux troubles et piquantes, dans ta région d'adoption, réunissaient la fine fleur du travail, qu'ils nommaient être celui de la
psychanalyse.
Lecteur, lectrice, peut-être que tes membres engourdis t'ont fait te déplacer vers la face Est du canapé, et tu
voudrais de nouveau encore en savoir plus. Si tu ne connais pas ce dont je parle là, rappelle toi seulement des effets de la Cour ou de la religion, vaticane en l'espèce. Il existe des cercles,
et ils se réunissent. C'est à celui qui aura de l'esprit, acide et rancunier, de porter la haute flamme de son incandescence, indescentes paraphrases des auteurs disparus. Réunis entre eux, ils
sont rassemblés dans des associations ou des écoles qui se maudissent entre elles. A l'intérieur de chaque école ou de chaque association, certains groupes se maudissent entre eux. Et, en
surface, déjà, certains groupes sont maudits, hypocrites serviles et danseurs des orgueils. Ils catalysent tant de haines et de codes qu'ils attirent ceux qui aiment l'asphyxie et convoitent un
pouvoir. C'est une société banale. Si banale que l'on pleurerait des sommes de ces banalités. Tu n'étais pas sous influence, tu étais juste confondue, happée tranquillement, portée, filant vers
le mur de la haine intacte et préservée, sur un nuage gris et terne qui s'engouffrait dans les jours éternels des lendemains indemnes. Tu gonflais ta gorge par la lumière des dorures, l'orgueil
ou simplement l'envie, tu jalousais les puissants qui n'étaient pas que paille, mais tu l'ignorais bien. Que tu fus psy ou pas, au fond, n'avait que bien peu d'importance. Tu étais semblable au
médecin qui sadise ses patients dont il découpe le ventre, comme le policier renifle les herbes folles qu'il récupère des mains de son prisonnier dont il tance la conduite avec menottes, injures,
et les cris de morale, comme le garagiste ne finit pas son travail pour te voir revenir, comme le jardinier enlace sa haine des hommes autour des épines des roses. Du toc, et c'était
tout.
VIII
Il était bien inutile d'en rester là encore. Lorsque l'on se fracture sur le devant d'être seul, lorsqu'en
retour des questions, des paroles, on n'obtient que silence, alors, c'est vrai, l'on devient fou pour toujours. Il suffit simplement d'une étincelle. On peut être fou en marchant tranquillement
dans la rue, on peut être fou en voguant simplement sur les mers. On peut être perdu, curieusement, dans la vie. C'est le pilote automatique, on le confond d'une vie désormais sacrifiée. On
sacrifie quoi du reste et cela pour qui ? On critique quoi d'ici pour espérer ailleurs ? On recherche un pays, une âme, un avenir, couché sur le sol comme ce jour où il pleut ?
Alors que les larmes coulent, l'on ne regrette rien, sinon d'être tombé si bas dans les azurs du ciel,
heureusement, la pièce et le drap de la chambre, le soleil capture l'infinité de couleurs qui se mélangent entre elles et que l'on nomme blanc. Je ne leur parlerai pas parce qu'il n'y sont pour
rien. Ils ne comprendront pas. A quelques heures d'ici, il y a tes collègues. Il y a tes collègues, et je le sais, ce sont aussi les miens. Ils sont ensembles, ils se cajolent, ils s'observent,
ils se parlent, ils se disent bonjour. Mais leurs discours sont faux. Ils sont faux, car ils connaissent et les réponses et les questions. Certains le font avec des ordinateurs, d'autres le font
avec des paragraphes freudiens. Ce sont des parasites, comme l'administration. Pourquoi y suis je allé ? Pourquoi ai je été voyager, d'un lieu que j'en cherchais un autre ? Il est inutile de
poursuivre, parce qu'en fait, simplement, je ne vaux pas mieux qu'une parole future à prononcer ici.
En fait, des erreurs, nous en faisions tous, et cela depuis toujours. Mais cependant, toutefois, certaines
faisaient système. Voilà l'infect engeance. Les naïfs s'y perdaient, les calculateurs en raffolaient, les fourmis ne se prenaient plus pour des fourmis, et les menteurs l'utilisaient. Et qu'étais
je en ces lieux ?